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La vie est mouvement

Détachez-vous !

 

 

par José Mateus

auteur-éditeur de

La Voix du Cœur, Éditions yab-yum

revue L'Envol des Publications de L'Aigle d'or

Juin, juiller, août 1999

 

 

Vous savez tous que rien n'est permanent. Vous le savez mais vous y êtes-vous jamais arrêté pour découvrir l'ampleur de ce que cela signifie ?

 

Vous savez, par exemple, que la tortue vit de 200 à 300 ans, l'humain rarement plus de 100 ans, le chien de 15 à 20 ans et certains insectes quelques jours, voire quelques heures. Vous savez aussi que votre auto finira à la casse, que votre maison peut passer au feu et qu'une banane, gardée trop longtemps, pourrira. L'humeur, la pensée, la santé, les amis, le mariage, rien n'est permanent. Même les montagnes disparaîtront un jour, puisqu'elles sont apparues, et le soleil s'éteindra dans quelques milliards d'années. Oui, vous savez que tout est transitoire ! Oui, mais après ?

 

Qu'est-ce que cela signifie vraiment ? Abordons la question à l'inverse : Qu'adviendrait-il si tout était permanent ?

 

Dans votre esprit, imaginez maintenant un tel monde : la mort n'existe plus, votre auto n'use plus, vos amis ne changent pas, il n'y a plus de mauvaises surprises. Finie la recherche d'emploi, celui d'aujourd'hui suffit pour toujours. Toutes les références connues sont fixes. Ce monde évoque la stabilité.

 

À première vue, cet univers semble très sécurisant : finis les imprévus, les dangers, finie la peur du changement. Chose vue une fois, chose connue pour toujours. Ce monde en serait un des moins menaçants pour celui qui y vivrait, vous dites-vous.

 

Un interrogation surgit : La vie existe-t-elle dans cet univers ? Toujours dans votre imaginaire, cherchez maintenant la vie. Si vous arrêtez la mort, vous devez arrêter la naissance. Si votre auto n'use plus, les usines cesseront d'en construire. Si vos amis ne changent pas, vous non plus. VOUS NE CHANGEZ PLUS !

 

Vous n'apprenez donc plus rien, ne voyez rien de nouveau et ne bougez même plus. Vous devenez inerte, pétrifié, sans mouvement aucun. Vous n'êtes même pas en mesure d'observer ce monde sans, vous-même, changer. Chaque mouvement, ne serait-ce que de l'esprit, apporte expérience donc changement. La stabilité absolue apparaît synonyme de mort absolue. VOUS NE VIVEZ PLUS.

 

Assouplissez la règle d"immuabilité en vous y soustrayant d'abord : donnez-vous la vie. Vous vous voyez alors évoluer dans cet univers complètement figé, complètement mort. Vous êtes la seule entité vivante à s'y promener. Vous êtes donc le seul à pouvoir agir : vous pouvez déplacer, transformer, construire ou détruire ce qui vous entoure. En conséquence, vous seul avez le privilège d'apprendre, d'expérimenter. Vous avez le contrôle total sur l'environnement que vous modifiez par vos gestes. VOUS CHANGEZ AVEC LUI.

 

Si vous essayez de donner la vie à un autre être, vous devez lâcher prise sur la permanence de vos références. Par ce geste, vous perdez le contrôle sur ce qui se passe dans votre univers. Tous comme vous, l'être à qui vous donner la vie agit sur l'environnement et le transforme. Chaque élément en mouvement ajouté procure une parcelle de vie à votre univers pétrifié. En même temps, il vous apporte une note d'inconnu, une source d'insécurité. La peur de l'inconnu resurgit : PLUS IL Y A DE VIE, PLUS VOUS PERDEZ LE CONTRÔLE.

 

La source de nombre de nos peurs (de la mort, de s'abandonner, de l'inconnu, etc.) réside dans le fait que nous essayons désespérément de nous faire croire que les choses sont permanentes (pour nous sécuriser) alors que, au fond, nous savons très bien  qu'elles ne le sont pas.

 

Ainsi, nous ne croyons pas à notre mort prochaine; pourtant, qui peut vous assurer que vous vivrez assez longtemps pour terminer la lecture de cet article ? Nous ne croyons pas à l'éventualité de passer au feu, cela n'arrive qu aux autres, pourtant, vous êtes bien le voisin, cet autre d'un voisin. Nous ne nous imaginons perdre l'emploi si stable mais nous restons quand même anxieux… on ne sait jamais. Lorsque nous nous marions, nous signons un contrat à vie alors que nous savons très bien que séparations et divorces sont quotidiens. Oui, les choses sont transitoires. Oui, cela provoque une insécurité, mais sans ce mouvement , il n'y aurait point de vie. Il n'y aurait que la monotonie du toujours pareil, la tristesse, l'ennui et la déprime. Mais cette insécurité est-elle indispensable ? La peur du nouveau, du changement, des imprévus, est-elle la compagne inséparable de l'être humain ?

 

Non, elle est la résultante de notre attachement aux choses (la vie, notre personnalité, nos idées, notre image étant aussi considérées des choses), de notre désir de les voir permanentes. L'attachement, c'est le désir que les choses soient autrement que ce qu'elles sont réellement : qu'elles soient fidèles à l'image du passé que nous en avons ou qu'elles soient à l'image d'un idéal que nous avons déterminé.

 

Si nous craignons l'échec, peut-être sommes-nous attachés, croyons nous permanente notre image de la personne qui réussit. Si nous avons peur de nous abandonner à l'amour, peut-être craignons-nous de perdre le contrôle de soi. Si nous refusons une nouvelle expérience, peut-être voulons-nous éviter une confrontation provoquant notre propre changement.

 

Mais comment se sortir de cet attachement, source de peur et d'anxiété ? Posons-nous la bonne question : qu'adviendrait-il si nous acceptions franchement et sincèrement la nature transitoire des choses ?

 

Arrêtez-vous quelques instants pour y réfléchir et vous l'imaginer concrètement. Ne surgit-il pas du fond de votre être la Joie, l'Allégresse, la Liberté, la Vie ?

 

Le moment que vous vivez maintenant apparaît pour la première fois dans l'univers et ne se répétera plus jamais. Le Présent reprend les proportions qui lui reviennent de droit, c'est-à-dire le seul instant plein, le seul qui soit vraiment la Vie.

 

Accepter le mouvement c'est cesser de bâtir le Présent sur les références d'hier qui figent dans un moule désuet. C'est aussi vivre l'instant qui passe sans se projeter dans un futur imaginaire. La Vie existe seulement au présent : le passé est terminé et le futur n'a pas encore de réalité. LE PRÉSENT EST INFINI.

 

Toutes les références extérieures qui nous sécurisaient, auxquelles nous étions attachés tombent quand nous vivons au Présent. Dans l'ici et maintenant, le seul guide qui reste et intérieur : les décisions se prennent d'instant en instant, en continu, avec le senti appelé aussi intuition. La sécurité est alors intérieure : VOUS VIVEZ LA JOIE DE LA LIBERTÉ DU PRÉSENT.

 

Rien n'est permanent : LE MOUVEMENT EST LE PROPRE DE LA VIE. Nous nous coupons du Présent quand nous freinons ce mouvement par nos attachements au passé et au futur. Accueillir l'expression de la vie autour de soi, c'est aussi accueillir la Vie en soi. DÉTACHEZ VOS CEINTURES !

 

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